Pâques chez les Augustines: traditions et repas du 20e siècle

23 mars 2026

Par Le Monastère des Augustines

Pour les Augustines, les célébrations de Pâques comptaient parmi les moments les plus importants de l’année. Durant cette période, comme pour plusieurs communautés religieuses, leur vie quotidienne suivait le rythme du calendrier chrétien et les repas prenaient une signification particulière. Certains jours étaient marqués par l’abondance et la fête, tandis que d’autres invitaient au silence, à la sobriété et au recueillement. Voici comment ces traditions se vivaient autrefois chez les Augustines.

Lundi gras et Mardi gras

Les célébrations commencent avec le Lundi gras (48 jours avant Pâques), une journée attendue avec joie par les religieuses. Au dîner, on sert les traditionnelles crêpes accompagnées de sirop et de sucre d’érable.

Du dîner du lundi jusqu’au mardi soir, les sœurs bénéficient d’un grand congé. Cette pause dans la routine signifie notamment qu’elles ont le droit de parler librement au réfectoire, ce qui est habituellement limité dans la vie monastique.

Dans ce même esprit de réjouissance, le mardi soir a lieu une grande fête, dernier moment de divertissement avant l’entrée dans une période beaucoup plus sobre, le carême.

Mercredi des Cendres et carême

Avec le mercredi des Cendres commence le carême, une période de quarante jours qui prépare les croyants à la célébration de Pâques. Dans la tradition chrétienne, ce temps rappelle les quarante jours que Jésus a passés dans le désert.

Durant cette période, les croyants sont invités à jeûner (manger moins) ou à pratiquer des «jours maigres», c’est-à-dire s’abstenir de manger certains aliments, comme la viande, le beurre ou les desserts.

Chez les Augustines, ces pratiques sont toutefois adaptées à leur réalité. Comme plusieurs religieuses travaillent à l’hôpital et prennent soin des malades, leur tâche est exigeante. C’est pourquoi le jeûne et l’abstinence alimentaire restent volontaires. Chaque sœur choisira donc sa manière de vivre cette période de sobriété.

Lettre de la supérieure de l’Hôtel-Dieu de Québec à Monseigneur de Pontbriand dans laquelle elle demande des dérogations au régime du carême, 23 février 1757, Québec, Le Monastère des Augustines, Fonds Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

Dimanche des Rameaux et semaine sainte

Le dimanche des Rameaux marque l’entrée dans la semaine sainte.

Au monastère, ce jour est souligné par une petite douceur: une crème brûlée servie au dîner. Par la suite, les repas redeviennent plus simples et il faut attendre le Jeudi saint avant qu’un autre aliment spécial apparaisse au menu: la coupe de gélatine au vin! Celle-ci est aussi servie en fin de repas. Le souper du Jeudi saint est très modeste: un bouilli au riz.

Le Vendredi saint, qui rappelle la mort de Jésus, est l’un des jours les plus sobres de l’année.

Les repas pris en silence reflètent cette atmosphère de tristesse et ce besoin de recueillement. Au dîner, on sert une purée de pois accompagnée d’une matelote, un mélange de pommes de terre pilées, d’oignons rôtis et de saumon en boîte.

Le souper est encore plus simple. Il s’agit ni plus ni moins de pain beurré et du reste de la purée de pois. Aucun dessert n’est servi.

Dimanche de Pâques

Après les semaines de sobriété du carême, le dimanche de Pâques est un moment de grande joie et de renouveau. Selon la tradition chrétienne, on célèbre la résurrection du Christ.

Au monastère, l’ambiance devient plus festive. Les sœurs organisent parfois des pièces de théâtre et s’adonnent à diverses animations. C’est le grand déploiement!

Le repas est aussi à la hauteur de la fête: nous retrouvons le fameux jambon décoré d’ananas et, surtout, des desserts des plus sucrés!

Une tradition attendrissante apparaît après la Seconde Guerre mondiale. Les Augustines qui travaillent à l’hôpital reçoivent alors des chocolats de la part des médecins et des patients. La supérieure du monastère les recueille et, lors du dîner de Pâques, les partage équitablement entre toutes les religieuses.

“Le dimanche de Pâques, nous avions du jambon. Puis, ce qu’on a eu et qui était le plus apprécié, c’est que dans ce temps-là, vers 1945, 1950, après la guerre, les médecins et les malades qui avaient été soignés à l’hôpital donnaient beaucoup de chocolat aux religieuses; toutes ces boîtes de chocolat étaient mises en réserve chez la supérieure. La veille de Pâques, elle venait les porter à la cuisine et nous faisions la distribution à chaque sœur, à sa place au réfectoire. C’était au menu pour le diner de Pâques. ”

Soeur Patricia Roy Extraits d’une entrevue de Soeur Patricia Roy par sœur Nicole Perron, sur les habitudes alimentaires, 1993, Québec, Le Monastère des Augustines, Fonds Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

Cette tradition aurait commencé vers 1945 et se serait terminée dans les années 1960, lorsque l’hôpital est passé sous l’administration de l’État.

Plus tard au 20e siècle, les Augustines moulaient du chocolat pour, à leur tour, l’offrir en cadeau lors d’occasions spéciales. Beaucoup de moules sont aujourd’hui entreposés à la réserve muséale du Monastère des Augustines. D’ailleurs, le moule d’agneau sert encore aujourd’hui, non pas pour du chocolat… mais pour du sucre à la crème!

Dégustation de l’agneau en sucre d’érable fabriqué par sœur Sylvie Morin, avril 2020, Québec, Le Monastère des Augustines, Fonds Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec
Moule ayant servi à la fabrication de l’agneau en sucre d’érable, avril 2020, Québec, Le Monastère des Augustines, Fonds Monastère de l’Hôtel-Dieu de Québec

Nous constatons qu’au fil du temps, certaines pratiques ont changé. Mais pour les Augustines, la période de Pâques a toujours été un moment marquant, où la vie spirituelle, l’esprit de communauté et même les repas sont réunis pour souligner l’une des plus grandes fêtes du calendrier chrétien.


Texte inspiré de l’article d’Estelle Girard. Pour plus d’informations sur les archives du Monastère: https://archives.monastere.ca/.